aux sources des chamanismes




LE DOUBLE ENFANTEMENT DU YI JING OU LE CIEL ANTERIEUR DU CIEL ANTERIEUR DU GRAND ROI FU XI



Cette fiction historique est une manière de rendre vivante la genèse de ce monument culturel majeur. Ecrite pour reconstituer les étapes de la naissance du Yi Jing, elle met en scène les personnages ayant cristallisé les actes quotidiens des chamanes.

                                                             

Hantés par l’adversité, la faim, les disparitions surprenantes du soleil ou de l’astre lunaire, ils ne renonçaient point à vivre mieux, à améliorer leur pauvre existence. Fallait-il attendre de tout savoir pour commencer à penser à agir avec justesse plutôt qu’avec force ? Non, bien sûr. Face à cette évidence, ils décidèrent de faire confiance à la pulsation du sang dans leurs corps et en comptant à partir des ondes les plus lentes, aux limites du perceptible, de sentir à quel moment de l’énumération souffle naissait, douleur apparaissait, chair s’étirait, oeil clignait, oreille s’ouvrait, pied bougeait, âme pleurait, souvenir revivait, mariage se projetait, oiseau se posait, désordre naissait, douleur passait, ville se bâtissait, bataille se perdait et ainsi de suite.


Ainsi naquit la machine à dire les épousailles du mouvement des cœurs, des corps et de leur rencontre avec les éléments de la vie : voyageurs, orages, vent, jument patiente, eau d’un puits plus ou moins propre, grue sauvage, robe jaune, char en métal, ronces, dragons seuls ou en groupes... Ainsi naquit la sensation d’avoir su écrire, d’avoir pu dire l’unité de l’Homme et de la Terre : pulsations des liquides circulant dans les puits ou les grands fleuves en harmonie avec les matières nobles des tissus corporels ; sensation des matières viles cheminant dans les organes et perception de l’invisible et dangereuse présence des bandits installés dans les faubourgs ou de la boue dans les marais. Le Yi Jing fut esquissé, on le voit, par un médecin vivant dans une Cité.


Quelques milliers d’années avant, quatre peut être, un homme se glissa dans un tronc d’arbre vide. Ainsi procédaient et procèdent encore les chamanes. Etre enfermé ainsi protège un peu, focalise la vision pour le devant, l’audition pour les côtés, le sens du danger pour l’arrière. Il alternait jeûnes et repas apportés par ses aides.
Ainsi partiellement lové dans la terre, en écoutant le ciel, le vent, la foudre, il vécut lumière puis obscurité, rosées, sécheresses, infiltrations de l’eau dans le bois, repos, amis venus, animaux curieux, plaisanteries stupides de passants moqueurs. Cette réclusion dura sept années, le temps pour lui de sentir la régularité des réponses de son corps, de ses visiteurs, de la Terre et du Ciel face aux transformations des éléments, à leurs rencontres impromptues ou organisées et aux mouvements des saisons. Le Yi Jing fut, on le voit, observé et créé par un ermite.


Il fut l’entrée en scène dans la pensée de la jonction des éléments du vivant et du mourant, du soudain et du durable : jamais le naissant et le disparaissant ne furent si bien dessinés. Enfanté par deux fois, et sur deux plans différents, comment vécut-t-il entre ces deux naissances et surtout après la seconde ? Une fois épuisée la vigueur sauvage des siècles de sa prime enfance vint le temps de l’éducation : les exploits de survie de ces existences encore inorganisées ne sont pas fait pour être répétés. Tendre vers l’âge de raison est le but de toute vie. Aussi la commémoration de ses antécédents héroïques et prosaïques se mit-elle à l’œuvre pour étendre dans la durée les effets des sacrifices de l’ermite et de la patience du médecin. Mais comment graver, sinon pour toujours, du moins pour longtemps, les observations faites avec persévérance sinon en trouvant une matière sans doute pas éternelle, mais au moins durable ?
   

La réponse fut, on le sait, l’os car il peut être tronc comme l’arbre et carapace comme la tortue s’il est pris dans la partie supérieure du dos, là où il se relie avec le bras, dans la partie postérieure de l’épaule, nommée omoplate. Proche de la fluctuation du sang et des autres liquides du corps dans la chair enveloppante, la matière osseuse est mémoire de la vie vécue, elle enregistre tout et spécialement les modifications des jonctions et des échanges entre les fluides et les solides.
   

Plus tard l’écriture en vint à remplacer l’os, car si elle se déploie comme le sang dans la fluidité, elle est aussi le témoignage et le lieu d’enregistrement de la fixation grandissante de la vie sociale dans la complexité des langages dès lors que grammairiens et calligraphes se multiplient à la Cour.
L’abandon de cette matière dure, vestige d’un temps où le système était encore incomplet, fit entrer le dispositif dans le jeu du commentaire infini et donc dans les enjeux des luttes de pouvoir au sein de la Cité Impériale. Il s’assura ainsi prospérité et renommée à travers l’espace et le temps.



Deux journées mémorables dans la vie du Roi Wen

   

Jaune, surtout jaune, sa robe bordée de noir. Sur sa tête un chignon en forme de boule, comme la terre. Tenue parfaite du corps. Axe vertical, talons exactement sous « boule-terre », le chignon sus-nommé il y a quelques instants. Cette posture étant montrée aux yeux de tous, elle nécessitait, pour impressionner les courtisans, un entraînement rigoureux et des exercices interminables effectués avec une extrême précision. Une voix caverneuse au point de réussir à faire entendre à des foules entières la puissance des Ancêtres encore vivants dans sa glotte. Genoux souples, pour avancer en étant toujours libre, afin de ne jamais dépendre de quiconque, ainsi se déplaçait-t-il depuis son plus jeune âge, forçant juste un peu sa gorge, seul excès audible ou visible, lorsqu’il proférait des sons issus de profondeurs sépulcrales.
   

Un désir absolu de cohérence animait tous ses actes. Pied gauche et main droite se balançaient au rythme de sa marche engendrant flux et reflux symétriques de main gauche et pied droit. Il était un concentré parfait de la plus souple des maîtrises et de la souplesse la plus maîtrisée, incarnant dans sa démarche lors de chacun de ses déséquilibres successifs, ses pas donc, la conjonction particulière du stable et du mouvant à cet instant précis de l’Histoire du Monde.
   

Etre visible grâce à ses superbes vêtements; être en même temps invisible, car dissimulé par eux : stratégies de pouvoir. Chaque dessin brodé, chaque symbole indiquaient aux courtisans la nature de ses attributions et donc l’espoir d’une prébende ou d’une protection. De sa part, un regard désignait la possibilité de les obtenir ou l’inutilité de les demander ou pire d’oser même les espérer. Vers lui convergeaient l’ensemble des dons de la Terre et des fabrications humaines. De lui, naissait l’ouverture à la totalité des échanges dont la matière refluait ensuite jusqu’aux confins du monde civilisé, en se répandant d’une façon parfaitement concentrique sous forme de bienfaits.
   

De ce cercle, de cette forge, de ce poumon glorieux, de la perception par chacun de cette puissance d’attraction et de restitution naquirent le besoin de lutter contre la dispersion. Quand le Roi inspirait, tout remontait vers lui et quand il soufflait lors d’une vigoureuse expiration, le risque de dissémination des bienfaits royaux dépassait les possibilités d’absorption de la Cour, des féodaux et du peuple réunis, si grande était sa force. Ceci apparut à tous lors de la sixième année de son Règne. Cet excès de puissance royale, cette faiblesse curiale et populaire devenaient un risque excessif, dangereux, inacceptable à ce moment de l’Histoire de l’Empire.
   

Avec la rosée du petit matin, le grand Roi aimait à lustrer son visage. Il retirait ainsi de la face royale les fatigues de ses nuits tourmentées et de ses journées harassantes toutes entières occupées à peser les passions, à démêler les intrigues, à protéger les cités des barbares venus au grand galop à travers d’immenses plaines et de l’au-delà des montagnes. Ces déplorables événements arrivaient malgré de nombreux guetteurs passant leur temps à scruter l’horizon et bien que les meilleurs devins recensés dans tout le Royaume travaillassent sans relâche pour éclairer les ministres et le gouvernement. Malgré tous ces efforts, les militaires se prétendaient pourtant mal informés et agissaient le plus souvent en conséquence : d’une façon désastreuse.
   

Etaient-ce la fréquentation des lettrés ou un profond sentiment d’inutilité de cette action pourtant légitimée par toutes les traditions de l’Empire et des peuples voisins, le Roi répugnait à faire décapiter ses mauvais serviteurs, y compris les devins, généralement passés en premier au fil de l’épée, en cas de défaillance dans l’exercice de leur fonction. Il cherchait les raisons de tant d’erreurs d’appréciation dans la nature des systèmes de pensée et non dans la malignité humaine. Plutôt que de fustiger la mauvaise volonté ou la négligence, il soupçonnait que maintes fois la peur d’alerter en vain l’armée, et au-delà d’elle la puissance tonnante des fils du Ciel, empêchait les simples soldats ou les devins de village de faire remonter les informations et les pressentiments vers les sommets de la hiérarchie. Ou peut-être était-ce encore autre chose ?
   

Ainsi naquit l’idée d’éduquer le peuple, pas seulement les futurs Roi, les lettrés et les féodaux. Pour cela, il fallut bâtir le plus grand chantier de tous les temps: lier la totalité des aspects de la vie sans l’étouffer afin que tous puissent parler ensemble sans le faire pour autant d’une seule voix. Il fallait aussi offrir à l’intendant, au chamane, à l’orfèvre, au duc, à la première épouse, à l’homme ordinaire, voire aux concubines, la possibilité de contribuer à la lecture du mouvement de la vie, au respect et à la tenue des règles le permettant. La tâche était devenue urgente. En cette sixième année du Règne du grand Roi, la dispersion des bienfaits due à sa munificence avait atteint un tel degré que les barbares, attirés comme des mouches se pressaient de tous les horizons vers tant de richesses.
   

Au cours de la première journée, devant la cour réunie en sa totalité, dans une séance solennelle devenue depuis inoubliable, le monde fut verticalement symbolisé à la vue de tous en trois parties, chacune étant dédoublée en deux niveaux. Cette disposition fut adoptée car tout a une profondeur, l’œil, les sentiments, les pensées dont on sait qu’elles sont parfois doubles et même le plus plat des poissons.
   

Celle du bas fut nommée Terre, car les humains marchent dessus, la cultivent, s’y adonnent aux délicieux plaisirs de la chair ou s’y tiennent tout simplement immobiles en scrutant le ciel ou l’horizon, l’inconnu donc. Le trait inférieur de cette forme encore imprécise dans l’esprit de ses créateurs fut, à l’instigation d’un des courtisans dont l’histoire a oublié le nom, dessiné d’abord par un trait plein. De cette façon, on représenta l’illusion d’optique des pieds d’un passant se déplaçant rapidement du point de vue d’un observateur lointain. En revanche l’action (mais en est-ce vraiment une ?) de se tenir de façon stable, sans mouvement visible, fut symbolisée par deux trait plus petits, dessinés côte à côte, comme une paire de pieds. Cette contribution devenue anonyme lança le processus. On peut regretter de ne pas en savoir plus sur l’origine de cette idée.
   

Au cours des heures qui suivirent, les premiers architectes du système eurent une idée fort juste. Il leur apparut nécessaire de trouver un moyen de représenter l’immobilisation graduelle ou brutale d’un passant. Le Roi proposa qu’une forme ronde désigne le terme d’une action accomplie en totalité ou presque. Le trait plein fut alors muni d’un cercle en son milieu. A cette idée de bon sens se rallia la plus grande partie de l’assemblée. Ce fut à ce moment de la journée que le Monarque parla pour la première fois.
   

Un ministre fit alors observer qu’un soldat se tenant debout, sans bouger, pouvait soudain être appelé à se déplacer par un supérieur, par un danger à combattre, pour porter secours à un autre militaire, voire même pour satisfaire un besoin naturel. Ce dernier point très prosaïque fut surtout soulevé par le ministre de la guerre. Nul n’aurait osé l’évoquer à l’exception de cet homme tellement respecté. Au milieu de tant de têtes brûlées, il était un monument de calme et d’objectivité. Il fut donc écouté attentivement. En effet, si l’on voulait vraiment avoir un système complet, l’ensemble des facteurs et donc les plus intimes ou les plus incongrus à nommer dans un endroit aussi solennel, devait être inclus. Le grand ministre proposa de l’exprimer par une croix dessinée suivant un axe Nord-Est, Sud-Ouest et un autre Nord-Ouest Sud-Est, les deux s’entrecroisant.
   

Après un instant de réflexion tous admirent que son idée d’une croix au milieu des traits brisés indiquait la possibilité pour le soldat de se déplacer dans toutes les directions, pas seulement dans une seule. Existait-t-il un symbole plus juste pour décrire avec davantage de précision cet idéal de disponibilité du soldat, lequel devait être prêt à faire face à toute éventualité, à bondir dans toutes les directions, mais aussi le fait que la disposition des buissons permettant de satisfaire ses besoins naturels et de protéger simultanément la pudeur de ces farouches guerriers est aléatoire, et donc ne peut-être prédéterminée à l’avance car chaque campement a sa propre géographie?          

Peut-être. La discussion n’alla pourtant pas plus loin en ce sens, car lorsqu’un ministre aussi puissant et respecté parle d’une voix tellement assurée, et que le Roi attend silencieux, majestueux, porteur d’une puissance tellement hors du commun, qui se sentirait assez fort pour oser dire son désaccord ou simplement proposer de nuancer le propos ?
   

Un courtisan, aussi peu expérimenté soit-t-il, apprend très vite qu’il n’existe pas de système parfaitement objectif. Choix arbitraires et coups de force théoriques président à la naissance de toutes les représentations du monde comme de chaque système philosophique. Tous les enfants de l’Empire et même ceux des peuples barbares l’apprennent dès le choix de leur nom et la vie à la Cour renforce ce savoir.
   

Le silence devenait de plus en plus pesant. Il témoignait des circonstances incroyablement difficiles d’un moment mémorable de l’histoire de la Cour, d’un temps dramatique de la vie de l’Empire du Milieu. Y prendre la parole était en ce jour plus qu’un autre un acte d’une audace inimaginable car cela nécessitait une ampleur de vue, une audace de pensée dont aucun ne se sentait véritablement capable.
   

Respirer était, d’après les annalistes, d’instant en instant de plus en plus difficile. La situation semblait désespérée, totalement fermée. Pourtant elle ne l’était pas. A la surprise générale, un jeune homme d’allure un peu légère, pas vraiment installé dans les hiérarchies, sentit s’ouvrir des circonstances favorables à une création pouvant traverser les siècles et pourquoi pas les millénaires à venir. L’inventif héros de ce jour, à ce stade de sa vie, était tout juste un simple apprenti, un membre parmi d’autres du groupe des étudiants calligraphes.
   

Il se leva, prit la parole sans y être invité. Sa suggestion fut la suivante : le trait le plus élevé du niveau le plus bas servirait à désigner un lieu où s’équilibreraient, se diagnostiqueraient à la fois les ordres venus d’en haut et ce qui était issu du lien des humains à la Terre, soit l’espace, et aussi au Temps car une situation peut commencer d’une façon imprévisible et affecter la totalité d’une situation, à la surprise générale. « Est- il opportun de faire retentir en toutes occasions notre contentement ? » dit ce jeune homme à l’assemblée silencieuse ; « seriez-vous assez imprudent pour utiliser un vase à offrandes que l’on présenterait à vos yeux les pieds en l’air ? ». La Cour était silencieuse, surprise par ce mélange d’audace et de bon sens.
   

Et il continua, profitant du silence insistant du Roi, le Souverain ne pouvant être informé de tout à chaque instant, non plus que ses serviteurs, même les plus vigilants, le trait du bas est situé hors hiérarchie. Devant une proposition aussi iconoclaste, un murmure réprobateur gronda dans l’assemblée : allait-t’il entraîner l’ensemble de la Cour, voire même le Roi dans ces zones inquiétantes où la toute-puissance du Monarque atteint l’extrême limite de ses possibilités? Un sacrilège allait-t-il être commis ?
   

Au milieu du brouhaha consécutif à ces paroles inattendues, un philosophe respecté, le plus renommé de tous, rappela d’une voix ferme que le Souverain ne commande ni à la Terre ni au Ciel et que telle est la nature des choses pour l’éternité.
   

Grâce à l’expression virile de cette observation philosophique, par ailleurs pleine de bon sens, le jeune homme eut la vie sauve. Si l’on avait écouté à ce moment la plupart des conseillers du Ministre de la Guerre, le jouvenceau, bien que respectueux et clairvoyant comme on s’en rendit compte plus tard, aurait eu la tête tranchée sans attendre, quasiment en public.
   

Le Ministre de la Guerre reprit la parole pour aller dans ce sens. Il savait par son expérience que le Roi ne commande pas à tout. Bien souvent, les circonstances et non les hommes décident du sort d’une bataille : pluie inattendue, soleil excessif, ruse de l’ennemi, épuisement des troupes dû à une nourriture avariée ou à une défaillance locale dans la chaîne de commandement. Dans le combat, toutes les données ont une incidence. Il le rappela à temps, afin de protéger le jouvenceau.
   

L’impertinent cessa donc d’être nommé ainsi. Au contraire, il gagna le droit d’être écouté.
  

Le Roi demeurait silencieux. Le Ministre de la Guerre dit : « Poursuivons ». Le Philosophe se leva pour faire la proposition suivante : le deuxième niveau serait lui aussi composé d’un troisième et d’un quatrième trait, lesquels représenteraient l’étage de l’action humaine dans ce système vertical.
  

Tous les courtisans d’un seul mouvement se levèrent et applaudirent en poussant de grands cris : cela était tellement évident et rassurant. Ce niveau au moins était facile à connaître. Tout un chacun se sentit devenir parfaitement compétent pour discuter des affaires du monde.
   

A cet instant, l’ensemble des courtisans se mit à parler. Le cercle des bavards s’agita en tous sens. C’était un événement jusqu’alors impensable à la Cour.
  

Le Roi regardait le Philosophe lequel ne disait mot sans consentir pour autant à cette abjection collective. Le Fils du Ciel désappointé par la tournure des évènements chercha un appui auprès de son dévoué sujet, le meilleur d’entre tous. Il se mit à scruter son visage, chercha à déchiffrer ses sentiments afin de définir une attitude appropriée à cette situation effroyable. Il sentit l’exaspération monter dans cet esprit si dévoué et si lucide, lequel taisait pourtant sa colère. Le Monarque eut ainsi la confirmation de la légèreté de pensée collective de ses courtisans et du peu d’alliés dont il disposait en réalité. Leur nombre était inférieur à celui de ses doigts. Voire même à celui d’une seule de ses mains.


L’Histoire retiendra que ce fut l’unique moment de ces deux journées durant lequel un esprit observateur aurait remarqué le besoin pour ce puissant souverain de trouver un appui chez un de ses sujets. Un des annalistes de la Cour l’avait noté, sans plus de commentaires. Grâce à lui et à son audace d’avoir osé noter un tel moment pouvant être interprété d’une façon fort fâcheuse pour sa vie, nous en sommes informés. Cette notation du scribe présent en ce jour nous permet d’être confortés dans l’idée qu’aucune œuvre ne peut prendre son essor dans un seul esprit et que tout être humain, aussi puissant soit-t-il, a besoin d’alliés pour exprimer sa richesse.
   

Si le jeune calligraphe n’avait pas été là en ce jour mémorable, ce système devenu fameux aurait-t-il pu être édifié ou aurait-t-il pris une autre figure ?        

Personne ne peut répondre à cette question, les témoins ayant disparu depuis trop longtemps, mais elle mérite de demeurer posée pour les progrès de la recherche et de la pensée. Et qui sait, peut-être de nouvelles archives nous renseigneront-t-elles plus finement sur le déroulement de cet événement décisif pour l’Histoire de la pensée.
   

Le Souverain, soudain, se racla vigoureusement la gorge. Tout ce bavardage ignoble cessa sur-le-champ. Rapidement, le silence apporta à chacun la lumière : rien n’était aussi simple que d’aucuns auraient voulu le faire croire à soi et aux autres.
   

A nouveau un silence oppressant s’établit, reprenant possession des audaces de pensée et des poumons du plus grand nombre. Le Fils du Ciel, impassible, continuait de se taire. Il regardait au-delà du cercle des courtisans et de l’ultime serviteur visible sans proférer le moindre son. Le temps passait à la vitesse du vol d’une grue sauvage dans un ciel sans nuage, au-dessus d’un marais. Tous s’inquiétaient. Le ciel lui-même prenait des couleurs d’orage.        

Certains imprudents allaient même jusqu’à éponger leur front, bien qu’aucune goutte ne perlât encore véritablement sur leur peau.
   

Le jeune homme se leva à nouveau de son siège et dit : « Selon toute vraisemblance, ce bavardage, car c’en est un, et nous devons l’assumer avec humilité, est la preuve que lorsque des humains élèvent leur dires au-delà, au-dessus de leur condition ordinaire, celle du deuxième trait, et quand bien même seraient-ils des dignitaires de rangs inférieurs, dès lors que l’on entre dans le monde de l’Homme, on se trouve à une porte à la fois d’entrée et de sortie vers du plus grand que soi. »
   

Ceci fut dit sans que le jouvenceau eut reprit sa respiration. Tout le monde admira un jeune homme aussi peu titré ayant osé dire une phrase aussi longue sans trembler, sans hésiter et sans respirer.
   

Après un tel exploit, il aurait pu s’arrêter, ayant déjà assuré le début d’une brillante carrière. A la stupéfaction de tous, il continua : « Ce troisième trait à partir du bas est donc un lieu d’entrée dans un monde plus large où tout ce qui est retenu à l’intérieur d’une conscience vouée à exercer son activité dans un champ restreint se tourne vers une collectivité plus large, se manifeste aux yeux de tous et vient se heurter à la cohésion du quatrième trait qui le surplombe. A l’évidence, le trait supérieur du second niveau est comme un ministre tenant en main une armée ou une administration tout en étant aux ordres d’un puissant souverain. »
   

Jamais la Cour n’avait entendu discours si péremptoire et si clair sur la structure du pouvoir, issu au surplus d’un homme aussi jeune et tellement peu intégré dans une hiérarchie ou une coterie quelconque.
   

Aucun ministre, rassuré par la nomination du trait numéro quatre, ayant de ce fait entendu sa place garantie et dignifiée, ne protesta. Pour la plupart de ces puissants dignitaires, le trait numéro trois représentait les courtisans bavards, à la parole cacophonique, ceux qui étaient à leurs pieds, tandis qu’eux, les ministres, étaient en haut au quatrième étage, par nature. Aucun n’entrevit, même un seul instant, que l’état de sa conscience pouvait se situer parfois au niveau médiocre du trait numéro trois ou pis encore, que la plupart de leurs actions s’y tenait le plus souvent, si grande était leur suffisance. Aucun d’entre eux, à cause de leur arrogance, ne réussit à percevoir que le troisième trait pouvait, dans certaines circonstances, être le lieu de manifestations d’une extrême audace, celle du surgissement d’une parole courageuse et lucide venue du plus bas de la hiérarchie, par exemple. La médiocrité n’est pas par nature vouée à être située sur les barreaux inférieurs d’une échelle. Elle peut être présente à tout niveau. Et d’ailleurs, elle l’est.
   

Ayant fait abstraction de cette considération pourtant vérifiable chaque jour, les ministres se rengorgeaient car ils se sentaient tenir en main la société pour la partie leur revenant. Cela était un fait sûr, avéré et le Roi surplombait l’édifice, juste au-dessus d’eux : point final.
   

Le silence avait changé de nature : une certaine jubilation gagna l’assistance. Un ministre de moindre importance, fort effacé jusqu’à ce moment de sa carrière proposa que les traits numéros trois et quatre soient divisibles comme les deux du bas. Un trait plein représenterait l’action et un autre, divisé, serait dessiné pour symboliser la tenue tranquille, le sang-froid, et même la réceptivité. En l’écoutant, certains protestèrent en disant qu’il s’agissait d’une frivolité de pensée indigne et qu’elle était tout au plus la preuve de la volonté d’un courtisan effacé de se faire enfin remarquer. Grâce aux annales nous ayant rapporté ce fait, nous pouvons peut-être penser que le système aurait pu être différent. Habitués à sa cohérence, nous avons perdu la liberté de l’imaginer autrement. Dans ce moment euphorique, la plupart des courtisans ne prenait pas part à la discussion. Cette modification fut adoptée dans l’enthousiasme, voire même dans l’inconséquence. Tel que nous le connaissons aujourd’hui, d’après nous, il est vraiment parfait. Cela reste à prouver. On peut néanmoins retenir que cette adoption et donc la physionomie actuelle de cet instrument de lecture des changements, si admiré de nos jours, fut, du moins en partie, celle du milieu, plus le fruit d’un moment de fatigue, conjugué avec une euphorie irresponsable, que d’une réflexion approfondie.
   

Toutefois, en tant qu’utilisateur contemporain du Yi Jing, je pense, si je peux me permettre d’oser m’immiscer dans un débat d’une telle importance, que l’inconséquence des courtisans a eu un effet bénéfique et qu’effectivement, ainsi dessiné, le système est vraiment remarquable. Que les lecteurs me pardonnent cette confidence immodeste, mais sincère, quant à mon opinion à propos du déroulement d’un événement d’une si grande portée. Je ne voudrai pas en effet que l’on suppose que mon approbation de la représentation du mouvement et de l’arrêt au milieu des traits numéro 3 et 4 soit de ma part une manifestation d’une simple paresse d’esprit. Si je peux me permettre de continuer sur le terrain de la confidence, ce n’est vraiment pas mon genre.
   

Revenons maintenant, après cette incise, à la Grande Histoire. Cercle et croix trouvèrent leur place au milieu des troisième et quatrième traits, indiquant ainsi fin et reprise ou toute autre sorte de modification, sans plus de réflexion. A ce moment de la journée, la qualité des débats fut faible. Toutes les archives, du moins celles qui survécurent aux avatars de la conservation, censeurs éventuels et divers autres rongeurs, témoignent de ce fait.
   

Restait l’étage du haut. La cour était divisée. Les plus courtisans des courtisans voulaient mettre le Fils du Ciel au sommet de l’édifice. D’autres plus pieux ou plus cultivés, suggérèrent qu’après tout le Ciel était au-dessus de l’homme et donc du Roi. Chacun en convint. Même le plus vil courtisan ne peut aller au-delà d’une certaine flagornerie sans se nuire.
   

Tout le monde se tourna vers le jeune homme, dans l’attente d’une solution, qui, cette fois, se tût. Le Roi n’avait plus parlé depuis longtemps. A nouveau, il se racla la gorge, lissa sa robe jaune aux superbes parements noirs. Sans qu’aucune parole soit prononcée, le silence pourtant s’anima. Tout le monde sentit le moment important, décisif. Aucun pourtant, après ce bruit de raclement royal et tonitruant, le jouvenceau y compris, ne se sentit habilité à parler.
   

A nouveau, le Fils du Ciel ouvrit la bouche, cette fois-ci pour proférer distinctement : « En effet, au cinquième trait, là est le Souverain. Du Ciel, il est le Fils, aussi est-il situé à cet endroit, là où il surplombe les quatre niveaux du dessous sans pour autant voir obtempérer le plus bas de tous car, aussi puissant que soit son pouvoir, il ne saurait commander à tout et à tous ».
   

Et il continua ainsi. Cela nous le savons grâce aux consciencieux scribes présents en cette circonstance : « S’il commande aux traits quatre, trois et deux, il est sans pouvoir quand à celui du bas, car si un Souverain protège les rites et les règles, il ne peut rien quand à la pluie, au tonnerre et la venue des barbares venant des confins de l’Empire. Au dessus de lui, il n’y a pas d’humain. En dessous, ils sont tous. »
   

Chacun fut convaincu. Tant de sagesse apaisa les esprits.
   

Le Roi continua : « Le sixième trait est au-dessus et en dehors. Il est cette partie de l’espace, il est ce moment où les humains entendent ou croient avoir entendu des voix alors qu’ils sont parfois simplement éméchés. Il est aussi le lieu où le Souverain découvre qu’il s’impose à ses sujets mais pas à l’univers, qu’il commande à ses ministres mais pas au Temps, et qu’enfin les circonstances changent et commandent à tous, à lui y compris, alors que le Roi doit demeurer stable, au moins en apparence. En somme dans notre système, il y a deux traits d’entrée, un et trois, deux de passage et de sortie, le sixième et le troisième. »
   

Intrigués, des courtisans respiraient à peine. Ils sentaient surtout le moment venu d’aboutir enfin à une vision claire du monde.
   

Le Roi continua : « Au troisième trait, la voix et l’intention passent du dedans vers le dehors ou elles ne passent pas. C’est le lieu d’une sortie vers du plus grand que soi. A six, s’annonce une situation nouvelle. C’est le passage à une autre époque, un autre espace, une autre conscience. C’est à la fois le lieu de l’indétermination et celui de la réception des messages du Ciel. A six, nous entrons sans aucun doute dans un autre temps, encore jamais vécu, ou dans un espace inconnu où se parlent des langues indéchiffrables, au moins pour un moment. »
   

Le Roi se tut. Chacun sentit alors la grandeur unique de ce moment dans l’histoire de l’humanité. Enfin, le système était complet et, en même temps, restait ouvert. Alors, le Philosophe prit la parole : « Selon qu’à chaque niveau les traits sont pleins ou divisés, munis de croix ou de cercle, nous avons des situation toutes différentes. Notre tâche est de les dénombrer, de dénommer l’ensemble de ces situations, de les lier aux actions humaines et de les inscrire dans un calendrier. Jusqu’ici nous nous déplacions de lieu en lieu, de haut en bas et de bas en haut, avec des causalités simples : je frappe mon cheval, il avance. Maintenant je sais qu’en le frappant, parfois je l’affaiblis. Désormais nous devons aussi, car nous sommes devenus capables de le faire, mesurer la vitesse et l’épaisseur des forces à chaque niveau, à chaque trait et les inscrire dans les cycles du temps, notamment celui des saisons. »
   

Le Lettré se leva et se dirigea vers le Roi. Le Fils du Ciel le regarda avec une grande bonté : « Je te vois plein de bonne volonté pour cette belle tâche, je vais t’aider. Dormons d’abord. Demain matin, dès l’aube nous nous verrons dans ce jardin, là où l’eau, les fleurs et les statues sont nos alliés habituels. »


Le lendemain, le grand Roi se leva bien avant le soleil. Il se rendit vers le lieu du rendez-vous et apaisa son visage comme de coutume avec la fraîcheur de la rosée, en attendant le Philosophe. Depuis longtemps, il l’avait choisi comme interlocuteur afin d’édifier ce système qu’il pressentait prodigieux. Et malgré son affection pour lui, il était en ce jour, comme à son habitude, décidé à dissimuler au regard d’autrui sa préférence et donc à traiter son allié et confident avec sa rugosité habituelle.


De ce rendez-vous étaient écartés, comme de coutume, les guerriers, car le Roi voulait rejoindre ses chers lettrés et parmi eux son préféré : le Maître. Il vivait cependant cette dilection éprouvée pour les scribes, les calligraphes et autres penseurs comme une calamité honteuse. Enfant impétueux, il fut néanmoins peu batailleur. Il avait préféré et de très loin, à toute autre activité, les joutes verbales avec les concubines aux doigts malicieux et imprévisibles, accompagnant leurs caresses et autres chatouillis de gloussements comiques.
   

A sept ans, il fut arraché à grand peine à cet univers féminin, mystérieux et troublant, pour s’initier aux arts de la guerre auxquels il ne prit jamais vraiment goût. Tout au long de sa vie, il préféra s’appuyer sur des guerriers peu disposés à sacrifier leurs troupes aux profits d’une gloire acquise à l’occasion de succès dispendieux en vies humaines. Il voulait des chefs militaires économes de leurs troupes.
   

Que dessinent les serpents dans les herbes, les pensées dans l’esprit, la robe d’une concubine autour de ses jambes et des miennes quand elle s’approche pour m’attirer vers sa couche, se demandait-t-il à l’aube de cette journée, en attendant le Maître ? Sur la Terre, aucun mouvement n’est rectiligne, linéaire. Seules les constructions humaines sont faites de lignes droites. Si donc les devins ne voyaient rien, les guetteurs n’entendaient pas, les chefs militaires étaient toujours surpris, les intendants démunis, que se passait-t-il dans leur esprit ? Quelle était la nature de ces pensées n’enregistrant ni la houle des vagues, ni le vol des oiseaux, ni la flétrissure du vivant invisible à l’œil nu ?
   

Y aurait-t-il un jour une pensée, un discours décrivant la vie, au plus près du croisement de la ligne droite issue de l’œuvre humaine et de la courbe du fleuve ou de la spirale du vautour cherchant sa nourriture ?
   

Tout cela était présent à son esprit quand il proposa au Maître de l’aider à guider les conquêtes issues de la journée précédente vers des instruments de travail efficients. La nuit avait été courte : pas de rêves, mais des successions de sensations et d’images se répétant, ou des personnages : son fils aîné, sa fille cadette, d’autres encore, et des éléments, parmi eux le bois, le feu, le Ciel, la Terre et d’autres encore. Dans son demi-sommeil, le Monarque sentait se superposer éléments du monde naturel et personnages. Il pouvait identifier l’analogie entre le tonnerre et le fils aîné, sa fille cadette et le feu, qui l’un comme l’autre s’en vont, reviennent, allant sans direction précise, ayant toujours besoin d’être alimentés par l’extérieur.
   

Dans le silence d’une obscurité laissant place à la lumière d’un jour propice à dessiner de nouvelles voies, il voyait les humains comme des arbres sur un tableau, comme animés de l’intérieur. On lui avait aussi dit que lorsqu’il se taisait la plupart craignaient la foudre à travers lui, même s’il n’était point le tonnerre lui-même. Cela lui avait maintes fois donné à penser.
   

Il en était là de ses réflexions lorsque le Philosophe vint à sa rencontre. Le Roi l’accueillit et lui dit : « Il y a une place pour le vide et de la place dans le vide. Attraction et répulsion engendrent le mouvement. L’invisible simplement attend d’être vu et le visible, même s’il est présent à l’esprit, est pour partie déjà dans la mémoire car il a déjà partiellement disparu faute d’avoir été incarné ou reconnu. »
   

Le Maître lui répondit : « Grand Roi, en effet ainsi pouvons-nous parler du clair et de l’obscur et des liens entre force, vitesse et nature. En cela, les éléments de la création diffèrent tous les uns des autres. En t’écoutant, j’y suis sensible comme jamais. »
   

Le Roi ajouta : « De même que chacun tourne ses yeux vers le Souverain de peur de se perdre, chaque parcelle du vivant, visible ou invisible, s’inscrit dans le sillage d’un ministre, dans le territoire d’une province… »
   

Le philosophe s’avança alors rapidement dans le sillage de son Maître: « Règle et mouvement sont comme la loi impériale : en son sein, on trouve des principes liés et contradictoires, du moins en apparence, comme parfois l’amour et la justice. L’amour voudrait garder et la justice sépare et tranche. Celle-ci doit s’effectuer sans haine, même si la tête tombe. »
   

Le Roi conclut : « Un Empire est une combinaison de provinces. Pour réguler la totalité du territoire, choisissons de le diviser en huit. Les habitants et les productions passeraient de l’une à l’autre. Ainsi aurions-nous, en tournant nos regards dans une direction à la fois, l’imprévisibilité du mouvement et la beauté de la règle. Nous décririons ensemble la situation particulière de la province et son lien avec la perspective impériale. Ce serait un dessin complémentaire liant la situation singulière décrite par la combinaison des traits à l’ensemble des situations possibles présentes dans le système tout entier dont nous devons d’abord dénombrer l’ensemble de celles qui y figurent avant de les nommer. Nous aurions donc deux hexagrammes se parlant l’un à l’autre. »
   

Le Philosophe resta pensif, puis se reprit avec vigueur pour ajouter : « Les vies humaines passent et trépassent, chacune à leur rythme. Les constructions impériales, elles, soutiennent la durée. Seul le vide engendre la vision de la réalité des mariages au sein du vivant. Il a les pouvoirs de l’éternité. »
   

Alors, ensemble, ils recensèrent les éléments dont la nature composite comprenait la substance et la mouvance de toutes les formes du vivant. Ils lièrent le fruit de leurs observations antérieures. Du feu s’élevant, mais n’allant nulle part et cessant de vivre s’il n’est point nourri, à la montagne ayant la qualité de rendre claire la fixité d’une forme, puis à six autres éléments adjoints, ils virent s’agréger l’ensemble des caractéristiques nécessaires au Jugement et ceci de la façon la plus claire.
   

Des milliers d’années avant eux avaient généré d’innombrables observations. Elles parlaient à travers ces hommes de grande mémoire. Ce travail terminé, le Philosophe s’inclina devant son Souverain : « Grand Roi, ces éléments nommés ont aussi des qualités humaines comme tu me l’as laissé entendre dans le récit de tes songes de la nuit dernière, quand tu voyais ton fils aîné et ta fille cadette se mélanger à … »
   

Le Philosophe toussa, sans terminer sa phrase et reprit : « L’eau du lac par exemple me fait penser à… » Le Roi sourit : « Je sais à qui tu penses. Si tu veux l’épouser, tu es libre de le faire. Pour t’aider à ton installation, va voir l’intendant de ma part et demande-lui ce dont tu as besoin, tu l’as bien mérité.    

Je vois que tu t’intéresses à connaître le cœur des hommes. Bien que tu sois philosophe, il t’arrive de dire des choses à la fois justes et fleuries plus souvent qu’à bien d’autres. Aussi, dès qu’à chacun des huit éléments de la nature tu auras lié des caractéristiques humaines et un genre, masculin ou féminin, reviens me voir avec ta future épouse. »
   

Jamais on ne vit le Maître courir aussi vite vers son cabinet de travail.


                                                                               JEAN-GABRIEL FOUCAUD